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  COCAÏNE            6 / 04 / 2003
L’opération — qui a eu lieu à la gare d’Yverdon-les-Bains, mais aussi à la gare de Lausanne et dans un établissement de restauration rapide et saladerie à la place Saint-François — a notamment permis aux policiers de mettre la main sur 660 grammes

Coup double contre le trafic de drogue

Dix trafiquants africains qui ravitaillaient les dealers ont été arrêtés dans la région lausannoise et à Yverdon. L’un d’eux était marié à une septuagénaire.

L’opération — qui a eu lieu à la gare d’Yverdon-les-Bains, mais aussi à la gare de Lausanne et dans un établissement de restauration rapide et saladerie à la place Saint-François — a notamment permis aux policiers de mettre la main sur 660 grammes.


Un important coup a été porté au trafic de cocaïne dans la rue. Après cinq mois de surveillance, un réseau nigérian a été démantelé à mi-mars à Lausanne et dans l’ouest. C’est la branche ravitaillant les dealers de rue en Suisse romande qui a été coupée. Dix trafiquants, tous requérants d’asile, sont sous les verrous. L’équivalent de 4000 boulettes a été saisi.

«Un succès intéressant». A la Sûreté vaudoise, Christian Hochstaettler, le chef de la brigade des stupéfiants ne se fait cependant pas d’illusion. «C’est une voie d’eau qui est colmatée. D’autres viendront repourvoir l’organisation. Mais c’est un signe fort. Il permet de montrer que ce maillon-là n’est pas intouchable.»

L’opération a été lancée sur une semaine, du 5 au 12 mars. Une trentaine de policiers lausannois et cantonaux sont intervenus à la gare d’Yverdon-les-Bains, de Lausanne et dans un établissement de restauration rapide et saladerie, à la place Saint-François. L’établissement servait de point de ralliement pour les trafiquants, qui s’y voyaient pour manger et se donner des rendez-vous pour la remise de la marchandise ou de l’argent, à d’autres endroits plus discrets ou hors de vue.

Mules depuis la Hollande

Les dix Africains arrêtés, âgés de 19 à 39 ans, viennent du Nigeria, du Soudan et de Sierra Leone. Le patron du réseau était établi à Chavannes-près-Renens, dans un appartement de la FAREAS, la fondation qui gère l’asile, et les trafiquants souvent logés dans des centres. Une quantité de 660 grammes de cocaïne a été saisie, ainsi que plusieurs milliers de francs et dollars. Pour échapper au contrôle de police, un des ravitailleurs a dissimulé 100 grammes dans son anus.

La cocaïne est en général conditionnée en boulettes de 0,2 gramme. Prix moyen dans la rue: 30 francs. Selon Christian Hochstaettler, la poudre avait une pureté de 40%. Soit à peu près le double de celle revendue ensuite dans la rue, souvent coupée avec du lactose ou du sucre. Une fois mélangée, la drogue saisie aurait permis de confectionner ainsi 4000 boulettes, qui représentent une valeur marchande de 120 000 francs.

La filière? La drogue est acheminée par des mules en provenance de Hollande, pour la plupart en train. Où les ravitailleurs se chargent de la marchandise, les enquêteurs ne peuvent le dire. Mais l’estomac n’est pas la seule cache, puisque la cocaïne était parfois dissimulée dans un récipient.

Harold et Maude, version africaine

Dans la rue, les vendeurs ne réalisent que peu de bénéfices et travaillent surtout pour le groupe, notion importante dans ces pays africains, à moins de réussir à vendre plus cher et à mettre un peu d’argent dans leur poche. Les gains du trafic sont ensuite envoyés au Nigeria. Ceci, par le biais d’une entreprise de transfert d’argent, et grâce à la complicité de Nigérians établis ici, qui ont un permis de travail. Version interethnique d’Harold et Maude ou mariage blanc? Un des Africains était marié à une retraitée suisse de plus de septante ans.

Les dix personnes sont toujours en détention préventive. L’enquête, partie de Renens, se poursuit. Ce coup de filet est, notamment, un des résultats de l’opération Strada, qui coordonne les moyens à l’échelon cantonal et permet une meilleure connaissance du trafic dans la rue et de ses sources d’approvisionnement.
PATRICK COMBREMONT
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Lourdes peines

VERDICT
Six trafiquants condamnés à Lausanne.

Le démantèlement de ce réseau est le deuxième coup, ou le second signe envoyé récemment en direction des trafiquants de cocaïne. Le procès de six Africains de l’Ouest a eu lieu il y a quelques jours, au Tribunal de Lausanne. Cette autre affaire remonte à septembre 2001. Une quantité d’environ 1 kilo avait alors été saisie à Crissier, ainsi que des téléphones portables.

Le ministère public n’est pas intervenu. Mais les protagonistes ont été condamnés à des peines lourdes de cinq ans et demi et cinq ans pour trois d’entre eux, quatre ans, trois ans et une année ferme pour les autres. Celles-ci sont en outre assorties de l’expulsion à vie pour le principal auteur, et pour les autres de l’expulsion du territoire suisse pour quinze ans.

P. Co.
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